Paulette Liard, femme courage devenue élue

Publié le par Anglade AMEDEE

 

Aujourd’hui conseillère municipale à Loos (Nord), Paulette Liard s’est battue contre un destin difficile. Témoignage d’une femme de 63 ans qui a su passer de l’ombre à la lumière. Les Reporters citoyens l'ont rencontrée dans le cadre de "Paroles de sans voix".

 

 

Son regard lointain en dit long sur son expérience. Au premier souvenir évoqué, on sent toute l’émotion dans sa voix. Les mains entrecroisées sur la table, c’est dans les locaux lillois d’ATD Quart Monde que Paulette Liard a accepté la rencontre. « Je suis arrivée au Mouvement il y a plus de vingt ans, ce qui m’a aidé à m’en sortir et à pouvoir dire ce que j’ai toujours ressenti », explique-t-elle. C’est dans une Université populaire qu’elle s’est exprimée pour la première fois : ce jour-là, en rompant de longues années de silence, Paulette Liard est passée de « sans voix à grande voix ». Progressivement, cette femme silencieuse a appris à s’extérioriser. Son histoire, c’est celle d’une fille pauvre qui a prouvé qu’il n’y avait pas de « sans voix » mais des « sans oreilles ».

« J’ai quand même vécu dans un château, s’amuse-t-elle, mais il avait été réquisitionné après la guerre. » C’est donc dans de petites maisons provisoires en bois, construites dans l’urgence de l’après-guerre, qu’elle a grandi. « On était tous pauvres, mais heureux », se souvient-elle. Fille d’un mineur et d’une femme au foyer fatiguée par la vie qu’elle a dû assumer, Paulette est devenue employée de maison dès l’âge de 14 ans. Elle a dû faire des travaux « très durs » pour essayer de se sortir d’un quotidien douloureux. Et tout cela dans le silence, sans jamais se plaindre, mais au contraire en écoutant les autres.

Engagée dans son quartier

Aujourd’hui elle se dit heureuse de pouvoir « payer le loyer, l’assurance et de quoi manger ». Son rêve, ce serait que tout le monde soit sur un pied d’égalité, mais surtout « que certains n’aient pas à demander ces choses essentielles que sont la nourriture ou le logement quand ils sont au bord de la survie ».

Solidarité et partage sont essentiels pour Paulette, qui n’a pas toujours pu payer ses quittances de loyer. Il y a quelques années, elle a vécu dans la crainte quotidienne de voir débarquer les huissiers. Après s’être laissée entraîner dans un crédit à la consommation, il lui a fallu des années pour en sortir. Elle était tombée dans cet engrenage qu’elle qualifie de « pauvreté supplémentaire » : « Tous ces crédits sont la mort du petit, de celui qui n’a pas les moyens », se désole-t-elle.

portrait de Paulette Liard

Pour Paulette Liard, il n’y a pas de “sans voix” mais des ”sans oreilles” Photo : D.R.

Devenue mère, grand-mère, et maintenant arrière-grand-mère, Paulette a su se relever là où certains auraient capitulé. Elle a appris à s’exprimer par l’écriture, grâce à Pierre et Jacqueline, des amis rencontrés à ATD Quart Monde. Elle effectue son deuxième mandat de conseillère municipale à Loos. Au départ, elle était stressée par l’idée de devenir élue : elle avait le sentiment d’être moins intelligente que ses collègues ayant suivi des études. Et l’impression de « marcher sur des œufs » quand elle prenait la parole. Aujourd’hui, Paulette a pris plus d’assurance et sait qu’elle essaye d’être le plus juste possible pour la population qu’elle représente. Elle y veille et se considère écoutée. Sitôt sortie de chez elle, elle est toujours prête à discuter avec les habitants de ce quartier Schuman, si populaire. Une famille qu’elle va mettre en contact avec l’association La Pioche, une autre qu’elle va accompagner en préfecture pour obtenir ses papiers : « Je suis très appréciée car je consacre beaucoup de mon temps à les aider », reconnaît cette élue pas comme les autres qui assure pourtant « avoir été acceptée telle que je suis ». Très émue, elle explique sa douleur de voir mourir certains habitants qu’elle a connus, car ils représentent une partie de sa vie… Un beau parcours pour cette femme en or qui a su prendre la parole.

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