l'accorderie

Publié le par Anglade AMEDEE


Paroles de sans voix 2012

L’Accorderie, ou comment échanger des services sans argent

Anglade Amédée

Grâce à la Fondation Macif et à la Régie de quartier, une Accorderie vient de voir le jour dans le 19e arrondissement de Paris. Le principe ? Regrouper les habitants pour échanger des services à partir de leurs savoir-faire, sans contrepartie financière.

Une heure de service rendue égale une heure de service créditée sur son compte. C’est le système d’échange équitable que propose l’Accorderie du 19e arrondissement de Paris. Né au Québec dans les années 1990, le concept s’est implanté en France l’an passé grâce à Alain Philippe : « J’en avais entendu parler, et j’ai décidé d’aller voir au Québec. Là-bas, j’ai découvert un outil original pour aider des hommes et des femmes à sortir de l’isolement en étant acteurs de la transformation de leur quotidien », raconte le président de la Fondation Macif. Dans le 19e, c’est aussi l’implication de la Régie de quartier qui a permis sa concrétisation en décembre 2011.

Laetitia informe les habitants du 19e (photo Anglade Amédée)

Un système où « l’argent est remplacé par le temps », explique Laetitia Jacob, animatrice de l’Accorderie du 19e. Une à deux fois par semaine, elle organise des rencontres avec des gens du quartier afin de leur expliquer le principe de ce système original. À la fin de chaque réunion, les demandes ne se font pas attendre. Que ce soit par téléphone ou sur place, le nombre d’accordeurs ne cesse de se multiplier. En moins de six mois, l’Accorderie a recruté plus de 200 membres : « Un bon début » reconnaît Laetitia ; « Une montée en puissance impressionnante en si peu de temps », renchérit Alain Philippe.

Saadia, l'une des premières accordeuses

Venue du sud de la France, Saadia Agnaou a assisté récemment à l’une de ces réunions d’information. « Comme je n’ai pas les moyens de me payer certains services, j’ai tout de suite trouvé que c’était une bonne idée ». Elle a aussitôt adhéré et, une semaine plus tard, a pu bénéficier de l’intervention gratuite d’un plombier. Le service qu’il a fourni gracieusement sera rendu à ce plombier par un autre accordeur. Bien sûr, il récupérera ces heures dans une autre compétence que la sienne, en informatique par exemple. Plus d’une centaine de savoir-faire différents (ménage, repassage, cours de guitare, électricité, déménagement…) sont déjà proposés par les premiers accordeurs parisiens. Il n’y a pas différents niveaux de compétences : tout le monde est sur un pied d’égalité. En revanche, des services comme la psychothérapie ou les soins médicaux ne sont pas acceptés : les métiers exercés en libéral sont refusés, « mais pas les personnes elles-mêmes », précise Laetitia Jacob.

Ces échanges permettent de lutter contre la pauvreté, de découvrir des cultures différentes et de renforcer la mixité sociale. La Ville de Paris soutient ce projet, et trois autres accorderies devraient voir le jour (dans les 14e et 18e arrondissements ainsi que dans le quartier du Grand Belleville). L’essor de ce dispositif ne s’arrête pas aux portes de Paris puisqu’une structure de ce type a déjà vu le jour à Chambéry et qu’Alain Philippe compte en lancer à Bordeaux, Rennes et dans une deuxième ville de Rhône-Alpes. Prometteur, le système des accorderies n’en est sans doute qu’à ses débuts.

http://www.accorderie.fr

 

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Les conseils pour essaimer cette expérience de…

Alain Philippe, président de la Fondation Macif

  1. Être constitué en personne morale
    « Un tel projet n’est pas accessible à une personne physique. Il faut déjà être structuré en association et être en partenariat avec les collectivités territoriales pour envisager de monter une Accorderie. »
  2. Respecter l’esprit du dispositif
    « Les Québecois ont conçu ce dispositif pour qu’il serve vraiment aux personnes en situation de pauvreté tout en assurant une mixité sociale. Nous tenons à ce que cet esprit soit respecté : il faut donc mobiliser les associations qui sont en contact avec ces publics. »

Trouver le point d’entrée dans le réseau
« Le Secours Catholique, la Caisse des Dépôts et la Fondation Macif sont en train de créer une structure nationale de développement des Accorderies : ce sera le point d’entrée pour tout candidat à la création d’une telle initiative. En Rhône-Alpes, une convention avec la Région a permis de mettre en place des relais régionaux : Régies de quartier, antennes du Secours Catholique, centres de loisirs, foyers de jeunes travailleurs… »

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Paulette, conseillère municipale à Loos (59)

Depuis l’âge de 10 ans, j’ai compris que la vie ne pouvait pas s’accomplir comme on l’entendait. Si tous ces gens sans voix, qui ne parlent pas par peur de perdre leurs aides, s’exprimaient, il y aurait du changement !

Paroles de sans voix 2012

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