De Villepin, banlieusard présidentiable?

Publié le par amedee-anglade.over-blog.com

 

Deuxième stage des Reporter-Citoyens dans les locaux de LaTéléLibre. Ils étaient 6, divisés en deux groupes, et avaient une semaine pour réaliser leur premier reportage. Voici le sujet signé Ayann, Anglade et N’Fanteh sur Dominique de Villepin, qui venait de s’immerger quelques heures à Mantes la Jolie, à 40 kilomètres à l’Ouest de Paris. LaTéléLibre avait traité le sujet, ils ont donc pu bénéficier du reportage signé Karine Yaniv et Joseph Haley.


Ayann Koudou (Boulogne-Billancourt), Anglade Amédée (Stains) et N’Fanteh Minteh (Créteil)

Le making off du reportage

Sorti tout juste de cet épisode noir de l’affaire Clearstream, c’est un ex Premier ministre entreprenant qui se dévoile. Dominique de Villepin lancera, le 19 Juin, son nouveau parti dont on ne connaît pas encore le nom. Son discours et son ambition de tenter une nouvelle approche des banlieues pose de multiples questions.

« Présent », « proche » et « attentif » sont les mots qui nous viennent quand on le voit lors de ses visites dans ces quartiers. Pourquoi cet intérêt soudain pour les banlieues? Que cherche t-il ? À entamer sa campagne présidentielle ou à s’affirmer comme opposant direct à Nicolas Sarkozy?

C’est pourquoi, nous, les reporters citoyens avons souhaité comprendre cette démarche étonnante. Et voir comment celle-ci est perçue chez ses confrères politiques, à l’Assemblée Nationale

Lundi 7 juin, préparation du tournage : nous avons pour objectif de recueillir une interview de Dominique de Villepin et assister au préparatif de lancement de son nouveau parti. Pour cela, nous retraçons son parcours et repérons sa fonction professionnelle. Dominique de Villepin est avocat au barreau de Paris, il n’est aujourd’hui sans aucun mandat électif, il n’a d’ailleurs jamais été candidat. Nous contactons dès lors son attachée de presse, au début fuyante, elle accepte d’étudier notre requête pour le rencontrer. Et nous promet une réponse le lendemain.

Par ailleurs, nous procédons à une recherche sur les députés réputés villepinistes et ceux qui sont supposés sarkozystes. Nous prévoyons de nous rendre à l’Assemblée Nationale afin d’avoir leur point de vue sur les différentes « excursions » de Dominique de Villepin en banlieues. Nous les repérons sur la toile non sans difficulté. Enfin nous élaborons le questionnaire. Nous cherchons avant tout à les faire réagir sur l’opposition constante entre la démarche du Président de la République et celle de Dominique de Villepin. L’impact que peut avoir le lancement de son parti dans le paysage politique de la droite. Ou encore ce que cache selon eux, cette initiative, en quoi est-elle novatrice au moment même où le gouvernement semble abandonner toute politique en banlieues. A t-elle des chances d’être efficace?

Mardi 8 juin, nous n’avons aucune nouvelle de l’attachée de presse Dominique de Villepin. John Paul décide de lui passer un coup de fil. C’est une femme plus conciliante qui nous organise, pour mercredi, une invitation dans les locaux du Club de Villepin, sans aucune interview garantie. Nous restons dans l’espoir d’avoir la fameuse interview de Dominique de Villepin. Un peu plus tard dans la matinée, nous préparons le matériel pour tourner à l’Assemblée Nationale. Nous avons réussi à rencontrer des députés de différents courants. Tous sont d’accord pour souligner la finalité de 2012 et rappeler qu’il n’a jamais été élu. Ils se rejoignent aussi sur le fait que même si sa démarche semble plus adaptée, plus ouverte que celle du gouvernement actuel, ce sera sur des programmes concrets qu’il sera jugé. Nous avons été très surpris de la facilité avec laquelle  les députés se laissent aborder, et la simplicité de leur discours. En fin de journée, nous sommes enfin accueillis au Club de Villepin par la présidente. Elle nous accorde une interview, au début assez plate. Et puis à notre question sur 2012, elle s’anime soudain. L’entretien prend une tournure plus dynamique. Nous avons quand même été déçus de n’avoir pu rencontrer, le principal protagoniste : M. de Villepin.

A la fin de ce reportage, une chose est sûre, on sera au rendez, le 19 juin, le jour du lancement du nouveau parti mais aussi des idées concrètes qui seront véhiculées. Pour 2012, le chevalier au panache blanc a pris une longueur d’avance, mais réussira-t-il à tenir la distance ?

La banlieue, un enjeu national pour Dominique de Villepin?

Une première visite à Bondy le 4 janvier, une seconde le 19 juin dans un quartier du Val Fourré, à croire que Dominique De Villepin apprécie tellement la banlieue qu’il va finir par s’y installer. Mais quel est réellement l’objectif de ces visites? Un rapprochement du peuple certes mais à quelles fins?

On a rarement vu un homme politique si bien accueilli en banlieue. Trop longtemps stigmatisés, les habitants des quartiers ont aussi besoin que l’on s’intéresse à eux autrement qu’à travers le chômage, l’insécurité, et l’échec scolaire. Dominique de Villepin semble être un des seuls à l’avoir compris. Il va, il vient, se «promène » sur les marchés, dans les centres sportifs, rencontre les gens, reçoit des encouragements, félicite à son tour les initiatives, les associations, reçoit des compliments.

La banlieue sera-t-elle au centre des prochaines élections présidentielles ? En tout cas un enjeu important, auquel Dominique de Villepin s’est déjà attaqué, et il a des armes solides. Malgré le fiasco du CPE, le couvre feu instauré après les émeutes de 2005 et l’affaire Clearstream, il semble toujours aussi sûr de lui et s’engage sur des terrains qui lui semblent déjà conquis. Car en opposition à cela, personne n’oublie son discours à l’ONU en 2003 et sa position ferme contre la guerre en Irak, ni son refus de laisser la France sous l’emprise du géant américain. Nombreux sont ceux qui se souviennent qu’il est né à Rabat, qu’il défend la cause palestinienne et que par dessous tout il est le rival par excellence de l’actuel Président de la République. Les habitants de banlieue sont sûrement les premiers à faire la différence entre les deux hommes.

Alors oui Dominique De Villepin est un homme de droite, mais il incarne des valeurs que la politique d’aujourd’hui semble avoir occultées.

Cependant, avec l’expérience nous commençons à comprendre à quel point les hommes politiques sont malicieux surtout lorsqu’ils sont ambitieux. Beaucoup de députés nous le dirons à l’Assemblée Nationale, pour eux l’ancien Premier Ministre de Jacques Chirac s’amuse à faire un « pied de nez à Nicolas Sarkozy » afin de devenir « une force de nuisance ».

Il est peu probable que ces visites à répétition aient comme seul objectif un rapprochement humain, comme le nouveau banlieusard le déclare lui-même. Si c’était le cas, nous ne pourrions qu’applaudir, car c’est bien ce qu’il manque à nos représentants, à savoir un pied dans la vie réelle des citoyens.

Tant de promesses ont déjà été faites et jamais respectées
La banlieue aujourd’hui concentre tous les problèmes français. Il est urgent de les résoudre pour ne pas retomber dans la frustration qui amène à la violence et ses dérives. Nos quartiers sont des terrains sensibles, si Monsieur de Villepin s’y intéresse, il doit le faire pour les bonnes raisons.

Avant de se quitter, la présidente du Club de Villepin, Brigitte Girardin, nous apprend que M. de Villepin visite les banlieues mais aussi les milieux ruraux. Pourtant, ces visites à la campagne sont quasi inexistantes dans les médias. C’est que Dominique De Villepin sait se promener sans caméra alors pourquoi pas au quartier?

Ayann Koudou
N’Fanteh Minteh
Anglade Amédée

Publié dans Reportages vidéos

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