Citée LYS: les liens de la démolition

Publié le par Anglade AMEDEE

Suite à l’annonce de la démolition de leur quartier, les habitants d’une cité de Lille ont profité de cette épreuve pour renouer le lien, améliorer leur cadre de vie et ouvrir des espaces de dialogue avec la mairie. Deux Reporters citoyens ( Fatoumata DIALLO à l'écrit et moi, Anglade AMEDEE cadreur et monteur ) y ont réalisé un reportage dans le cadre de "Paroles de sans voix"

 

«Avant même que j’emménage ici, on m’avait expliqué le projet de démolition », raconte Jennifer Quivront, 23 ans. Elle réside à la Cité Lys, à Fives-Lille, depuis plus de trois ans et fait partie de ceux qui sont favorables à sa démolition. Car un nouvel appartement, elle en a bien besoin ! «J’habite avec mon copain et mes deux enfants, nous n’avons qu’une chambre et les pièces sont petites », déplore-t-elle. En attendant d’être relogée, comme les sept autres familles demeurant encore dans cette cité qui en comptait une cinquantaine, elle s’affaire à redonner vie aux ruelles qui s’éteignent au gré des départs.

Avec les associations ATD Quart Monde, Paroles d’habitants et les Francas de Lille, les « survivants » ont voulu redonner des couleurs à ce quartier en fin de vie. Constituée de petites maisons séparées par des allées, la Cité Lys est une courée qui a pris peu à peu des airs d’abandon : après le départ des familles, fenêtres et portes des maisons ont laissé place à des murs de béton gris pour empêcher enfants et squatteurs d’y pénétrer. « L’idée était de réaliser des fresques et des planter des fleurs pour rendre les lieux moins tristes et aller à l’encontre de ce sentiment d’abandon », explique Martine Desurmont, résidente depuis 16 ans de cette courée, à laquelle elle reste très attachée et dont elle a eu bien du mal à accepter la démolition.

Présidente de l’association Lys animation qui organise des activités entre les habitants, Martine reconnaît que c’est l’annonce de la démolition qui les a soudés. Grâce à la mobilisation des associations, ils sont devenus une vraie famille. Car autrefois, c’était « chacun son palier, chacun son allée », poursuit Martine. Elle-même aura mis plus de 13 ans à parler avec sa voisine qui réside deux allées plus loin !

Une parole collective

L’ambiance est devenue plus sereine dans ce quartier réputé sensible. Aujourd’hui la première raison pour laquelle les habitants ne veulent pas partir, c’est ce lien particulier qui s’est créé entre voisins. Ensemble, ils ont pu affronter leur crainte de quitter ce qui représente, pour certains, « toute une vie ». Ils ont osé exiger des réunions trimestrielles de dialogue avec la Ville et le Pact, chargé de l’accompagnement social du projet. La mairie a exposé projet et plans aux habitants, et certains d’entre eux, hostiles au départ, se sont laissés convaincre. Malgré les divergences personnelles d’appréciation sur la démolition, une parole collective s’est construite. « Et tous se sont mis d’accord pour demander que priorité soit donnée au relogement des plus démunis », se félicite Chantal Consolini, du Mouvement ATD Quart Monde. La mairie s’est aussi engagée à maintenir des logements pour les petits revenus dans la cité rénovée. Même si Martine regrette que « plusieurs des nouvelles maisons soient à vendre, donc inaccessibles » pour les gens comme elle. Une chose est sûre : avec le sentiment d’avoir été entendus et de vivre dans une cité plus épanouie, les habitants ont retrouvé de la voix.

cité Lys

Le projet de démolition du quartier a soudé les habitants. Photo : ATD Quart-Monde

 

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