CARTE DE SÉJOUR : ANGOISSE ET FRUSTRATION

Publié le par Anglade AMEDEE

Ma Journée à la préfecture de BobignyAnglade Amédée

Chaque année, en tant que ressortissant étranger en France, je dois me rendre à la préfecture pour renouveler mon titre de séjour. Une journée où angoisse et frustration me tiennent compagnie, comme à toutes les personnes qui composent la longue file d'attente depuis le petit matin. Laissez-moi vous raconter cette interminable journée.

Qu'il s'agisse d'une première demande ou du renouvellement d'un titre de séjour, le calvaire est le même pour tout ressortissant étranger. Il doit se rendre à la préfecture de son département une fois par an. Une journée est entièrement consacrée à cette démarche. Aujourd'hui, j'ai 23 ans. Né en Haïti, j'ai vécu cinq ans en Guyane française, avant d'arriver en Seine-Saint-Denis, en 2008, pour y effectuer mes études. Chaque année, depuis mes 18 ans, je me rends donc à la préfecture. Une carte de circulation est attribuée aux mineurs jusqu'à leur majorité. Après mon baccalauréat, j'ai obtenu mon premier titre de séjour pour Paris. Il s'agit d'une carte que je dois renouveler chaque année.



Avant 2010, un calvaire sans nom


À mon premier renouvellement je ne comprenais pas pourquoi les personnes présentes me souhaitaient "Bon courage !". J'ai vite compris. De 2008 jusqu'en 2010, les démarches étaient particulièrement opaques et donc difficiles pour les ressortissants étrangers : aucune information sur les sites Internet de la préfecture ou du ministère de l'Intérieur, aucun standard ou accueil téléphonique. Pour tout renseignement, il fallait se déplacer. Durant cette période, nous devions arriver la veille, vers 21 h-22 h pour pointer devant la porte numéro 1 de la préfecture afin d'être les premiers dans la queue. Pourquoi ? Les tickets d'entrée à la préfecture étaient alors limités. À 9 h 30, un agent de la préfecture distribuait un ticket aux premiers arrivés. Seules environ 200 personnes étaient servies sur les plus de 500 présents à l'aube. Les malheureux refoulés retentaient leur chance le lendemain. Face à ces conditions d'accueil inhumaines, certaines personnes, fatiguées, exprimaient parfois violemment leur colère. D'autres repartaient en soupirant. Je devais m'organiser comme beaucoup d'autres pour arriver vers 1 h 30 du matin et donc partir de chez moi vers minuit. Je restais posté jusqu'à l'heure fatidique - 9 h 30 - sans pouvoir quitter ma place. À 9 h 30 la bousculade commençait, les derniers arrivés, frustrés, essayaient de se faufiler pour passer devant ceux qui avaient passé une nuit blanche, debout : insultes, combats… un déchirement total !

Après cette interminable attente pour obtenir un ticket, commençait alors l'attente numéro deux. Une fois à l'intérieur, j'avais toujours l'impression d'avoir gagné une bataille, sans que la guerre ne soit réellement finie.

La salle se remplissait en moins de quelques minutes.

Et mon tour de passer au guichet pour demander le renouvellement de ma carte de séjour arrivait enfin. Sans même me regarder, la personne en charge de l'accueil me donnait un dossier avec la liste des pièces à fournir : justificatifs de domicile, copie de passeport en cours de validité, attestation d'étudiant ou autres, justificatif des impôts.

Une fois cette liste de documents obtenue, je pouvais enfin me rendre, fin prêt, le lendemain pour la même attente, le même scénario. Et de nouveau le guichet, de nouveau le stress qui grimpe, sans comprendre pourquoi nous est imposée une telle pression, de nouveau la crainte de tomber sur un agent d'accueil impatient, qui parfois contredit son collègue… Et même devant le guichet, je ne serai rassuré qu'une fois mon dossier accepté.



À partir de 2011, quelques améliorations notables


À partir de 2011, en tant que ressortissant étranger, j'ai constaté de réelles améliorations : un bon fonctionnement du site internet de la préfecture permet de se renseigner à l'avance sur les pièces à fournir, les jours spécifiques en fonction de la demande. De plus les agents décrochent leur téléphone… au bout du 20e appel, certes. Cerise sur le gâteau : toutes les personnes présentes devant la préfecture décrocheront le précieux ticket d'entrée. Ce fait peut paraître anodin mais il a réellement apaisé les relations entre ceux qui attendent et ceux qui accueillent.

C'est ainsi que ce 12 juin 2012, je me suis rendu plus apaisé, mais pas trop non plus, à la préfecture de mon département. Levé tout de même à 3 heures du matin, je suis arrivé devant la préfecture à 5 h 30. À 9 h 52 j'ai obtenu mon ticket, sur lequel est indiqué le nombre de personnes devant moi. Voilà donc le menu de la journée : l'attente, l'attente et encore l'ATTENTE !!! Attendre que mon numéro s'affiche sur l'écran. Certaines personnes se reposent après cinq à six heures passées debout, s'autorisant un petit sommeil. D'autres font des allers-retours, une pause clope puis reviennent dans l'enceinte de la préfecture pour juger de l'avancement de la procédure. Sur neuf guichets, quatre seulement sont ouverts et deux temporairement. Je soupire (pour ne pas dire plus) et je me replonge dans l'attente. 16 h 52 : c'est enfin mon tour. Mon cœur bat la chamade.

5 h 30-16 h 52 : durée de l'attente. L'agent d'accueil lève à peine la tête, me prend toutes mes pièces, prépare mon récépissé. Quelques minutes. Un récépissé valable trois mois en attendant ma carte de séjour.

Sortir soulagé en me disant ça y est c'est fait et à l'année prochaine. À chaque fois que je vais à la préfecture cela me montre comment la vie d'un étranger vivant en France n'est pas aussi facile que l'on pense. Sans cette carte de séjour on ne peut ni travailler, ni s'inscrire dans une école, ni sortir en toute sécurité. Avoir de la patience, une force morale, être le plus rigoureux possible et malgré l'envie de s'énerver qui bouillonne au fond de soi, rester zen. Quelques qualités indispensables pour un étranger vivant en France…

Anglade Amédée

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Rachelle 28/01/2013 20:33

Bonjour,
Je me permets de vous écrire pour vous faire part de ma situation qui ressemble à la votre, pourriez vous me donner une solution? J'ai vécu toute ma vie en Guyane jusqu'à l'âge de 21 ans, après
avoir obtenu mon bac en 2008 je suis venue vivre en France (à Mulhouse), arrivée ici j'ai eu tous les droits de vivre et d'étudier, mais quand je me suis présenté à la Préfecture du Haut-Rhin pour
déclaré mon changement d'adresse, ils m'ont dis qu'ils échangeraient ma carte de séjour de 10 ans obtenue en Guyane contre un visas d'étudiant! Logiquement j'ai refusé, sachant qu'avec cette carte
je devrai retourner dans mon pays d'origine après mes études (alors que ma famille est en Guyane et que j'ai étudié toute ma vie là bas!) J'ai donc garder ma carte de 10 ans de Guyane et j'ai
continué ma vie normalement, à l'époque j'était encore étudiante (j'avais mon appart, la bourse, les aides de la CAF..).
Aujourd'hui, bientôt 5 ans que je vis ici...Après avoir obtenu mon BTS en 2011, je n'ai pas le droit de travailler en France car mon autorisation de travail n'a lieu qu'en Guyane! (alors que la
Guyane est française!) J'ai fais tout ce qui était en mon pouvoir pour faire comprendre à la préfecture que j'ai changer définitivement de domicile et que je ne vis plus en Guyane, ils persistent à
me traiter comme une "clandestine". Pire encore, j'ai été embauchée deux fois en CDI, et ça n'a pas abouti car voyant qu'il faut faire des formalités pour l'embauche d'un étranger, les employeurs
trouvent toujours une excuse pour ne pas me garder! La Préfecture me demande (selon la loi de 2008), de trouver un employeur qui m'embauche en CDI et que celui-ci doit payer une taxe à l'OFII, je
n'ai pas le droit de travailler ici mais de vivre comme bon me semble, et en plus de bénéficier des aides sociales! Je suis perdue, ils me force a retourner en Guyane alors que je n'ai pas
d'appartement, de travail làbàs!) ma vie s'est construite ici, mais là je me retrouve dans un cercle vicieux sans porte de sortie.
J'ai tout faire pour m'en sortie, j'ai écris des lettres de recours à la Préfecture, à Ministre de l'intérieur de l'époque, j'ai fais appel à la députée du Haut Rhin, j'ai trouvé du travail (et
j'ai été virée au bout de la période d'essai, j'ai su après par une collègue que c'était à cause de mes "problème de papiers" > alors qu'ils m'avaient promis de les faire..)

Merci d'avoir pris le temps de lire ce message de détresse.

Cordialement